Demander l’AAH et la RQTH

Ce post s’adresse aux personnes ayant été diagnostiquée autistes Asperger et qui se demandent si cela vaut la peine de se lancer dans des demandes administratives auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). Je parle exclusivement depuis mon expérience personnelle.

J’ai récemment reçu un courrier de ma MDPH me notifiant qu’on m’avait accordé l’AAH (L’Allocation Adulte Handicapé) et la RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé). J’ignore pourquoi certaines demandes sont acceptées et d’autres refusées, le fait est que mon dossier devait être assez détaillé puisqu’on ne m’a même pas convoquée pour évaluer mon « taux de handicap ». J’en suis soulagée car j’appréhendais cet entretien après avoir lu cet article très inquiétant de Wonder Aspie Woman, qui s’est carrément fait humilier lors de sont entretien à la MDPH. Mais là, surprise, l’aide m’est accordée sans chipoter!

Je vais donc expliquer comment j’ai procédé pour ma demande:

1) Télécharger le Dossier de Demande de Compensation du Handicap sur le site de la MDPH de votre département. Ce dossier est à remplir avec le ou la psychiatre qui vous a diagnostiqué.e.

Je ne peux omettre de vous parler de ma psychiatre, une femme formidable qui a appuyé mon dossier. Je pense qu’elle a été d’une grande aide et que c’est un élément indispensable pour faire passer un dossier auprès de la MDPH: avoir à vos côtés un.e professionnel.le qui vous prend au sérieux et vous soutient.

2) Ensuite, dans le Dossier de Demande de Compensation du Handicap, il y a une partie qui vous permet d’écrire une sorte de « lettre de motivation », pour ainsi dire, et je pense que cette partie est vraiment importante. Pour être honnête, je pensais bâcler cette lettre, je ne savais pas quoi dire. Écrire quelques lignes et puis voilà. Rien ne me soûle plus que d’écrire sur moi alors que je n’en n’ai pas envie. MAIS ne commettez pas cette erreur! Je me suis ressaisie et ai déversé sur ce papier tout les problèmes que je rencontrais du fait d’être Aspie. La difficulté à comprendre ce que l’on attendais de moi dans le milieu professionnel. Le licenciement abusifs subi à 20 ans, basé uniquement sur mon manque de compétences sociales, le non-renouvellement de contrats pour les mêmes raisons, la difficulté de travailler en même temps que les études et finalement, le Grand Burn Out qui m’a amené à être SDF pendant un an (true story…). Ok, tous les Aspies n’ont pas d’histoires aussi tragiques (enfin, j’espère!) mais les humiliations et le rejet que nous connaissons TOUS et TOUTES l’est, et il faut laisser transparaître à quel point cela nous handicape dans la vie quotidienne. Je n’encourage personne à faire pleurer sous les chaumières, mais hé, notre handicap est invisible et c’est là une occasion de prouver que nous survivons dans ce monde plutôt que d’y vivre. Alors lâchez-vous, je sais pertinemment que beaucoup d’entre nous ont besoin de ces aides! Dois-je rappeler que ces aides ne sont pas de la charité mais un droit?

3) Montrer que vous savez plus ou moins où vous allez. Ok, vous avez besoin d’un coup de pouce financier (et qui peut vous le reprocher?) mais vous avez un projet professionnel, une sortie de secours. C’est peut-être une formation de documentaliste, une reprise d’étude avec l’ambition de faire un doctorat, une formation de fleuriste, peut importe. Si vous avez des envies, c’est le moment de les coucher sur le papier. Il faut bien préciser que:

– la RQTH vous permettrait de trouver un poste adapté à vos besoins en tant qu’Aspie (besoins qui, rappelons-le, sont non-négociables, comme le fait pour un paraplégique d’avoir une rampe pour son fauteuil), et surtout de vous défendre face à des situations d’abus.

– L’AAH vous permettrait de vivre décemment dans l’attente d’un poste de ce genre ou de mettre en route votre projet, sans avoir la pression d’un boulot à côté, avec toute la fatigue et le stress que cela implique pour une personne autiste.

Voilà les maigres conseils que je peux fournir, si vous avez des remarques, davantage de questions ou vous voulez simplement partager comment ça s’est passé pour vous, balancez-les dans vos comm!

7 réflexions sur “Demander l’AAH et la RQTH

  1. Bonjour, et surtout merci car j’étais justement en train de me poser pleins de questions depuis quelques mois le retour à la vie de « chercheur d’emploi » c’est pour dans un an, (oui je sais déjà un an c’est bien, je suis en congé parental…) et j’ai des sueurs froides rien que d’y penser.Mais aujourd’hui j’ai une RQTH, (que je dois justement renouveler cette année), et un diag de SA tout frais ….donc je pense demande l’AAH (que j’ai déjà percue une fois il y a 20 ans puis refusée….car je tenais à ma « normalité »20 ans à tout faire pour oublier mes difficultés et être le plus normale possible, pour finalement me faire virer d’un CDI comme une malpropre et me rendre compte que je suis tout sauf… »normale ».bon….je ne me sens pas d’attaque pour un nouveau stage de type « cap emploi », ou on vous infantilise et vous reproche de ne pas vouloir prendre ce job en usine…ou reprendre le chemin des entreprises ou je me sens mal, je ne comprends rien aux collègues, etc etc j’en peux plus.je songe a trouver un emploi temps partiel comme préconisé par mon CR de diag, et surtout, ne plus me coller la pression.jamais.je compte donc demande ‘AAH, pour me poser un peu…et reflechir à un emploi adapté…merci en totu cas car ça me parle (et on a bcp de points communs ds le parcours.

  2. Salut, peux-tu développer sur la partie « la difficulté de travailler en même temps que les études », est-ce lié au fait d’être aspie ? une question d’énergie, de ressources de socialisation ? cette difficulté est-elle une constante chez les personnes aspie ? merci beaucoup

  3. Bien le bonsoir Llloa,
    Face au mutisme de notre blogueuse, je te répondrai que c’est généralement difficile de bien s’organiser entre plusieurs projets lorsqu’on a de l’autisme ; il faut que ça s’établisse avec une grande douceur. Il faut aussi doser correctement le social pour maximiser son plaisir ainsi que son efficacité, ce qui est souvent difficile à arranger avec l’environnement.
    Je t’en ferais un roman, mais je ne sais pas ce qu’elle s’est trouvé comme emploi et en l’occurrence ça dépend beaucoup.
    J’entame aujourd’hui une faculté après année sabbatique, je me retrouve à devoir sévèrement étouffer toutes mes responsabilités bénévoles acquises l’année dernière — notamment le côté social — pour parvenir à me concentrer sur les études, en lesquelles j’ai beaucoup d’espoir mais à l’heure actuelle elles constituent un point de vue tout nouveau qui ne me donne pas l’inspiration qu’il faut pour m’absorber.
    En plus de ça, je suis bourré d’angoisses à cause de mon histoire qui n’éclate pas, ce qui me pompe beaucoup d’énergie ; et je n’ose que peu m’intégrer à la « communauté aspie » et démarrer mon propre blog, ou « roman-toile » comme je l’appelle, parce que j’ai du retard dans les cours.
    Pour dire que c’est difficile, rien qu’avec trois grandes préoccupations, de parvenir à s’organiser. Je suis sans cesse anxieux et mes nuits sont très irrégulières. Le droit pourrait me passionner mais je suis sans cesse envahi par des réflexions psychosociologiques. Pourtant je parviens presque à ne plus voir de gens — par contre j’écris beaucoup de courriels, et même si je n’y masque pas mon air pédant et ma bubulle, je fais quand même l’effort d’avoir l’air engageant et tourné vers l’autre, alors que pour moi on est passionné ou on l’est pas.
    N’oublions pas, cependant, qu’à l’heure actuelle je suis officiellement schizophrène dysthymique — et je me pense aspie surdoué, mais c’est parce que je suis mégalomaniaque voyons : comment puis-je penser pouvoir mieux m’évaluer que des professionnels ?

  4. Quelle merde de ne pas pouvoir saisir d’espaces insécables sur Android… Quelqu’un connaît un clavier qui les intègre ?
    Heureusement que WordPress courbe les apostrophes par lui-même, c’est déjà ça de gagné.

    En ce qui me concerne, je ne m’inquiète pas de pouvoir bien garnir ma lettre de motivation pour la MDPH ! Je n’ai pas eu l’occasion d’être SDF ; mes parents sont trop responsables, et les hôpitaux m’auront même accueilli de force quand j’aurais préféré l’errance.
    La seule chose qui me mettra un peu mal à l’aise est la bienveillance de mes parents, ajoutée au fait qu’on n’a pas particulièrement de difficultés financières — il m’arrive de me penser privilégié puisque je m’autodénigre fréquemment. Mais bon, merde quoi, on est tous les cinq très mal dans la famille, on a bien besoin de ça. Ça permettra peut-être à ma petite sœur de quitter la maison plus tôt et de se trouver un environnement plus sain pour se soigner. J’ai tellement de mal à comprendre ma mère et ma petite sœur, si inhibées, si décalées du monde et pourtant pas autistes — même s’il y a certains symptômes mais il manque des traits du fonctionnement parmi les plus caractéristiques — ; chez nous, la douance s’est transmise de père en fils (au pluriel).

  5. J’y ai beaucoup repensé depuis figure-toi ; je n’en étais pas hyper fier mais en relisant je trouve que c’est pas trop mal, ce que j’ai écrit.

    Depuis, j’ai une théorie pour expliquer ma différence. Ça s’appuie sur ce qui est dit dans cette vidéo :

    Ma théorie dit que le système nerveux de l’être humain (et même de l’être vivant) se développe par des processus qui s’exécutent à un rythme différent pour chacun. J’en ai distingué quatre :
    — l’intégration : récupération d’informations à partir des sens ;
    — la distribution : accord d’importance à certaines idées par rapport aux autres (et donc répartition de l’impact nerveux) ;
    — la combinaison : création d’idées par association d’idées/informations (données en général) ;
    — l’expression : définition du mouvement produit en réponse à une donnée.

    On a (pour prendre les troubles qui m’ont le plus marqué) :
    — les TDA qui intègrent beaucoup (avec hyperactivité s’illes combinent plus qu’illes distribuent) ;
    — les autistes qui distribuent peu ;
    — les déficients intellectuels qui combinent peu, les surdoués qui combinent beaucoup ;
    — les dyspraxiques qui expriment peu.

    Donc Julia la blogueuse et moi, nous combinons beaucoup et distribuons peu. Ainsi, pour nous développer, nous créons sans cesse des idées à partir de ce que nous avons déjà à l’intérieur de nous, et nous sommes très peu capables de donner de l’importance à certaines choses par rapport aux autres — nous développons donc peu d’intérêts, et nos émotions sont difficiles à dépasser, tout ça, tout ça. Nous avons besoin d’un environnement très cohérent pour rester en bonne santé, pour ne pas faire de crise d’épilepsie ! Il nous est difficile de prendre graine de nouveaux mécanismes ; pour ce faire, il faut absolument qu’on nous explique le cadre et que cela s’intègre à nos acquis.
    Réfléchir au travers de cette théorie me permet de savoir comment atteindre mes objectifs lorsqu’il y a des contraintes sociales : en communiquant avec les gens, je dois prendre en compte le fait qu’ils ont besoin ainsi de pouvoir accorder de l’importance à des choses par rapport aux autres (ou qu’ils l’ont déjà fait, beaucoup plus que moi), ce qui n’est pas mon cas, moi qui suis de nature naïve et déterminée, moi pour qui tout a plus ou moins la même valeur avant que l’on en vienne au pragmatisme.

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