Le loup dans la bergerie

Je suis allée faire un tour sur un blog très trèèès vieux que je tenais lors de mes débuts dans le monde merveilleux de l’Internet. C’est pas joli joli en général, j’écrivais assez mal le Français à cette époque. Mais j’ai trouvé ce texte. Et j’ai eu envie de rendre hommage au mini-moi de l’époque en le ressuscitant ici, sans rien modifier.

C’est un monde à part, un écosystème à l’intérieur même de la société. Prisonniers ou protégés? Peut-être les deux à la fois….J’ai toujours suivi le troupeau, convaincue d’être protégée par eux, tel que ma mère nous le répétait sans cesse. J’ai étouffé cette voix contestataire qui se cachait en moi pour être acceptée, aimée. J’ai été intolérante envers ceux qui s’écartaient ne serait-ce qu’un pas de cette voie sacrée, j’ai porté un regard impitoyable sur ce monde extérieur si menaçant à nos yeux.

Et aujourd’hui je me réveille douloureusement… Je suis supposée être une brebis docile, toute en guimauve et soumise. La soumission, ô combien elle est appréciée, cette qualité inhérente au christianisme! Surtout chez nous, les femmes. Nous sommes l’idéal féminin, selon eux, voilà pourquoi les autres nous convoitent, veulent nous détourner du droit chemin. Non, restons dans cet enclos sécurisé, acceptons le silence et sachons nous contenter de peu. En effet, l’ambition est aussi mal vue parmi nous, qu’elle soit économique ou intellectuelle, ainsi que toute autre forme d’émancipation. Mais moi, je suis autre chose, même si je l’ai longtemps renié. Je râle, je proteste, je suis orgueilleuse, narcissique, cynique, perverse. Et ce « moi » sort de ses gonds, pète un câble. Il se fraie le passage à travers les couches de sucre que je lui ai versé dessus. Il fait craquer une allumette dans ma conscience après l’avoir arrosé d’essence. Bref, il emmerde tout le monde.

Je veux être moi mais je suis nous, je veux crier mais je chuchote, je veux jouir mais je me refoule, je veux être libre mais… je suis le loup dans la bergerie. Et je ne trouve pas la sortie

Une réflexion sur “Le loup dans la bergerie

  1. Aucun commentaire avant moi ? Personne d’autre ici n’aurait été écrasé par le catholicisme (christianisme n’est pas assez précis, crois-je et espéré-je) ?

    Je pourrais d’ici m’aventurer dans une écholalie noire au point qu’il vaudrait mieux la prendre pour une logorrhée — je m’y suis tenté, en résumé : identification, incompréhension, solitude, haine, désirs de meurtre, mégalomanie, mépris, une mère que je crois schizophrène, des grands-parents heureusement bientôt morts, tant de contextes de déshumanisation et de procédures figées ; mais ça n’a guère sa place sur l’espace public d’un·e autre. Ma pensée est similairement fondée ; je me suis moi aussi senti si longtemps enfermé dans de l’horreur sans issue.

    Je me contenterai de te dire que je te soutiens de tout cœur, que si tu ne peux qu’être perverse, cynique, provocatrice, contestataire et chieuse, sois-le, ce n’est qu’ainsi que tu pourras être heureuse. Je ne pense pas que tu sois capable d’être orgueilleuse et narcissique à moins d’être débordée par une émotion contraignante ; tu as besoin d’une très large cohérence et tu fus régulièrement irritée par tant d’écartements, mais à force de recherches tu trouveras comment t’apaiser.

    Mon père a cassé l’idéologie de la « société qui nous protège », ainsi que la conviction que tout le monde souffrait comme nous, quand j’avais huit ans. Pour autant, j’ai continué d’utiliser ces mêmes comportements catastrophiques que tu décris, pendant des années ; enfin, j’en suis presque venu à bout !

    J’ai toujours rêvé de cette sortie de la bergerie, si étincelante, si colorée, quand j’étais dans les ténèbres. Dès mes quatre ans, je la voyais, mais je fus embourbé par d’immenses herbes malfaisantes qui m’en ont violemment éloigné, toujours un peu plus… J’ai été extrêmement mal mais je n’ai jamais su comment en finir, et pour mon père j’ai choisi d’espérer, de douter, de persévérer.
    Aujourd’hui, j’ai fui tous ces lieux hostiles et intolérants ; je suis libre et je vis heureux grâce à quelques espaces au sein desquels ça se passe bien. Pour autant, j’aperçois toujours une porte plus brillante et plus lumineuse là-haut, je rêve sans cesse d’y accéder, et je construis tout ce que je peux pour tenter de l’atteindre ; mais Dieu, elle est si haute !

    Si dans mes familles on s’estime parfois supérieurs aux Noirs, aux Arabes, aux handicapés ou encore aux homosexuels (je parle principalement d’une grand-mère et de quelques oncles et tantes), je n’ai pas remarqué que les femmes se soumettaient plus que les hommes ; au contraire, dans certains couples, c’est plutôt la femme qui écrase l’homme. Ce que tu dis sur le sujet me fait penser au film /Carrie au bal du diable/.

    On peut facilement trouver le lien de l’original :
    http://welovewords.com/documents/le-loup-dans-la-bergerie
    De 2010. C’est franchement plutôt sympa. Les autres textes définissent des stéréotypes ; un comportement dans lequel je me retrouve aussi, mais qu’aujourd’hui j’estime malsain, digne d’Alain Soral.

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