9 mois plus tard

Il y a neuf mois, je publiais Un dernier crachat pour la route , mettant fin à mon activité sur ce blog. Les discussions dans les commentaires se sont poursuivies entre les lecteurs.trices, sans que je m’en soucie. Neuf mois en arrière, je prenais mes distances avec la sphère militante sur Internet et IRL, je voulais construire autre chose, me pencher sur des projets personnels et professionnels me tenant à coeur. Je n’avais plus de contenu à proposer pour ce blog, et ce texte n’a pas vocation à annoncer mon grand come back, car je considère que j’ai fait le tour du blogging, en ce qui me concerne.

Lorsque l’on milite pour sa condition, on passe beaucoup de temps à se défendre des attaques et du mépris qu’on subit : non seulement on est victimes de discriminations, mais en plus, si on l’ouvre, on a affaire aux susceptibilités de ceux et celles qui ne nous reconnaissent pas le droit de penser et de parler par nous-mêmes. D’aucuns croiront que les critiques acerbes ont contribué à me faire arrêter ce blog, et c’est mal me connaître. Je suis allée bien plus loin qu’un blog anonyme sur Internet : j’ai écrit un livre. Ou plus exactement, je suis en train d’écrire un livre. Et ce blog a largement contribué à la signature d’un contrat avec une maison d’édition. Si ce blog était un moyen de ne pas crier dans le vide, de laisser une trace malgré la confiscation de la parole, il m’a apporté bien plus que je n’aurais osé imaginer. Même si le livre s’avère être un flop, il sera là, ce sera une trace construite et solide, et pas un coup de gueule sur une énième injustice ou une énième connerie écrite à notre sujet, les autistes.

Il y a neuf mois, j’avais envie de « parler autrement », et ce livre n’est qu’un début. Le monde regorge de stéréotypes sur l’autisme, de mépris, de condescendance. Aux yeux de beaucoup de personnes, nous ne seront jamais assez humains ou assez lucides pour parler depuis notre propre expérience. Peu importe : ne leur donnons pas l’occasion de nous épuiser, de leur accordons pas un énième débat, car il ne s’agit, pour ces personnes, que de branlette intellectuelle, pendant que nos vies pâtissent des discours pathologisants sur notre condition. Nous les autistes, méritons mieux. Je propose qu’à l’aube de 2017, nous répondons en coeur aux attaques et au mépris par la phrase suivante : NOUS N’AVONS PAS VOTRE TEMPS. Fin de la conversation. J’invite toutes les personnes autistes me lisant à oser croire en leur potentiel, à l’utiliser, à ne pas se justifier une énième fois, à renvoyer les parents neurotypiques et les psys d’un « va être pas d’accord dans un coin », et à utiliser notre précieuse énergie pour nous, pour faire ce qui nous tient à coeur. Nous sommes trop occupé.es pour nous coltiner des boulets qui, en 2017, prétendent encore nous apprendre la vie.

Créons, inventons, étudions, entraidons-nous et construisons un autre avenir que celui qu’on nous propose.