Oh non, pas encore elle

Vous savez, il m’arrive de réfléchir à des trucs. Parfois. Et quand cela m’arrive, je l’écris et décide de le partager, ou pas. Et depuis un moment, mon cerveau carbure.

Avant je ne prêtais pas trop attention aux commentaires culpabilisants, le chouin-chouin des gens qui pigent pas. Ceux à qui il faudrait tout expliquer, et qui même après une conférence, deux schémas et trois notes de synthèse, continuent d’attendre, au fond, que les autistes se comportent comme les clichés auxquels ils sont si attachés. Soit. Ce n’est pas mon affaire.

Depuis quelques mois, je reçois des messages de lecteurs et – surtout – de lectrices. Des gens qui se sentent moins seul.es en me lisant, qu’il s’agisse d’anciens articles ici ou de mon livre et à qui, encore mieux, ce qui met mon petit coeur en joie, tout cela donne envie d’écrire/ parler à leur tour. C’est donc naturellement que je partage ma joie et mes encouragements. Et là, un phénomène se produit : « La fille pas sympa mais un peu quand même ». Et c’est amusant. Je vous explique.

Avant que je ne revendique ce titre de « fille pas sympa », on attendait de moi, en tant que femelle de l’espèce humaine, que je sois plaisante sans condition. Que je me rende agréable, que je mette à l’aise mon entourage. Chaque manquement à cette règle tacite me valait des réprimandes, un rappel à l’ordre pour un contrat que je n’avais pas signé : celui du travail émotionnel alloué aux femmes. On ne me félicitait pas lorsque j’étais « sympa », on le prenait pour acquis, c’était l’ordre naturel des choses, ma bonne dame.

À présent que je me suis attribué ce titre, assumant pleinement les fonctions de la meuf qui n’est pas là pour ton bon plaisir, c’est un phénomène inverse – et assez  intéressant pour qu’il soit commenté – qui se produit : on remarque chaque marque d’attention, on s’en surprend, on la commente. On n’attend plus que je joue la nana qui te met à l’aise et qui prend en compte tes petites émotions, on ne me réprimande plus comme une enfant, et on s’émeut quand je daigne être à l’écoute. Car oui, en ce qui concerne le travail émotionnel, il s’agit là d’un dur labeur, qui draine, qui use, qui demande deux fois plus d’efforts aux femmes autistes car nous devons comprendre, clarifier, décrypter avant de l’exercer, pour finir sur les rotules, sans un merci mon chien, au dépit de notre épanouissement personnel.

C’est aussi ça, se ré-approprier un stigmate, une insulte ou un adjectif qui cherche à faire culpabiliser : c’est réussir à renverser une échelle de valeurs, faire cesser les attentes injustes et reprendre le pouvoir sur sa vie.