Ta prof autiste

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N’importe quelle généralité sur le travail d’enseignement est à prendre avec des pincettes : en fonction de l’établissement, du grade ou de la matière, le métier est vécu complètement différemment. D’où les articles de presse qui ont pour titre « Les profs au bout du rouleau » ou « Ces profs heureux », en fonction de ce qu’il convient de diffuser à un moment donné.

Petit aperçu de ma situation : après l’obtention de mon Master, j’ai postulé dans mon académie par le dispositif Bénéficiaire de l’Obligation d’Emploi, destiné aux titulaires d’un Master porteurs/ses de handicap (oui je féminise, parfois, en fonction de mon humeur ou de ma flemme). Jeune oie naïve que j’étais, je croyais que cela débouchait sur un poste en tant que contractuelle. Je pensais que cela me permettrait de bénéficier rapidement d’aménagements et de me conforter ou dissuader de passer les concours, si j’étais embauchée . Me connaissant, même en ayant travaillé dur pour passer les concours, je n’aurais pas hésité à claquer la porte si le travail ne m’emballait pas. Ce n’est que la veille de l’entretien avec la commission de recrutement que j’ai découvert, grands dieux, qu’en étant embauchée, j’obtenais le statut de fonctionnaire stagiaire et pouvais être titularisée (devenir fonctionnaire) à l’issu de l’année de stage. Ah bah les amis, j’ai transpiré. Tout d’un coup, l’enjeu devenait plus grand, mamacita.

Long story short story, j’ai été embauchée, ai effectué mon année de stage et bim, ai été titularisée. À moi la gloire.

De par mon statut (BOE), je n’ai pas eu à déménager à l’autre bout du pays, me ré-adapter à un autre établissement etc. Et cela est important, dans ce qui va suivre, en effet, je suis restée dans le même établissement. Avantages : cela me donnait un poids auprès des élèves, j’étais une figure familière et surtout, je savais exactement à quoi m’attendre. Inconvénients : toutes les boulettes que j’aurais pu faire à mes débuts risquaient de me suivre. Et croyez-moi, elles furent nombreuses. Oups.

Aujourd’hui, je suis donc en poste fixe, à plein temps (avec des heures supplémentaires, si si) dans un établissement qui n’est pas considéré comme « difficile », avec une grande mixité sociale du côté des élèves. Je suis toujours autiste (surprise!), alors comment survis-je, se demande le peuple, notamment mes adelphes autistes, qui savent à quel point le quotidien peut être épuisant pour nous, alors de là à conserver un emploi… Voici donc les réponses à vos questions, posées sur Twitter :

« Est-ce que tu as déjà eu un proviseur hyper psychophobe? » demande @Patatevert : Je ne travaille pas sous l’autorité d’un proviseur, mais d’un/e principal/e, puisque je suis en collège. Et la réponse est : aucune idée. Je ne connais pas les opinions des membres de la direction sur certains sujets et ils/elles ne connaissent pas les miennes, et c’est tant mieux : on n’est pas au PMU du coin pour papoter mais pour travailler ensemble. Je n’ai eu aucune objection pour mettre en place les aménagements nécessaires et ai toujours eu de rapports cordiaux avec eux/elles.

« Comment vous faites pour gérer la fatigue mentale liée aux bruits mais aussi au fait que c’est des interactions qui demandent bcp de pour ne pas être complètement hs après? » demande @The_Lady_Door : TRÈS BONNE QUESTION MA BONE DAME. La réponse est simple : je suis hs à la fin de chaque journée. Les collégiens sont de petits êtres bruyants, en effet. Dans mon cours, j’exige le calme absolu et je ne lâche jamais sur ce point. Même s’ils/elles travaillent souvent ensemble, ils doivent le faire dans le calme ou j’arrête tout. Je les ai habitué/es à ce fonctionnement, en utilisant différents outils et même des punitions, je leur dis clairement que, personnellement, je ne peux pas travailler dans le bruit. C’est le cas pour eux aussi et ils tirent de grands bénéfices de mon intransigeance face au bruit. En dehors de mon cours : je rentre chez moi. Non, je ne reste pas au collège travailler, je ne mange pas au self (mon enfer personnel niveau bruit), et je reviens l’après-midi si j’ai cours.

Le cas des interactions est différent : on a un objectif, je l’explicite au début du cours, et toutes les interactions sont en lien avec celui-ci. Les élèves interagissent avec moi pour me demander de l’aide ou apporter des précisions, pendant un temps que J’AI établi, je suis aux commandes de ce qu’il se passe au sein du cours, comme une chef d’orchestre. Cela ne ressemble en rien à des interactions que l’on doit improviser avec des adultes. De plus, je trouve les enfants et les ados plus « transparents », plus explicites dans leurs propos. Donc c’est la partie qui me fatigue le moins, honnêtement.

« Un des reproches de mon inspecteur était de ne pas gérer la classe comme un ensemble. C’est vrai, je la perçois plus comme une somme d’élèves. Est-ce que tu vois une classe comme ça aussi, et comment tu gères? », demande @blendrooter : J’ai eu exactement les mêmes remarques de la part de ma tutrice, l’année dernière. C’est tout simplement parce que oui, une classe est une somme d’élèves! J’ai dû me forcer à acquérir une vue d’ensemble de ma classe et cela passe par des gestes professionnels : savoir circuler dans la classe, tel un ninja, cela s’apprend! J’ai appris à prendre les cahiers dans les mains, tout en restant droite (mon dos me dit merci) tout en jetant des coups d’oeil à la classe, plutôt que de me pencher sur la table d’un élève ; à agrandir mon champ de vision en ne fixant pas un point mais en embrassant toute la classe du regard (c’est très dur, quand on est autiste!). Aujourd’hui, même quand je m’assieds à un îlot (= table disposées face à face pour former un groupe de 4 élèves) je ne perds pas de vue le reste de la classe.

Cependant, ce soucis du détail comporte un gros avantage, dans une salle de classe : même si on parvient à avoir cette vue d’ensemble, on perçoit toujours le moindre bruit inhabituel, le moindre mouvement susceptible de gêner le travail et on peut réagir vite.

« Ça sera sûrement mal phrasé mais… Ça donne quoi, les relations avec les élèves? Est-ce qu’ils sont au courant? », demande @e_b0t : J’ai l’impression que ma relation avec les élèves est paisible et ce depuis mes débuts. J’ai déjà travaillé aussi bien avec des enfants qu’avec des adolescents, dans un autre cadre, je suis habituée à leur présence. Là, certes, je représente aussi l’institution à leurs yeux, et tous/tes n’ont pas un rapport de confiance avec celle-ci. Je ne revêts pas de masque face à eux/elles, je suis moi-même, je fais seulement plus attention à ce que je dis. Je suis toujours sincèrement heureuse de les retrouver, je ne taris par d’éloges quand ils/elles réussissent des choses difficiles, mais suis aussi sèche avec ceux/celles qui me cassent les pieds. Cependant, même si nous avons eu une interaction tendue au cours précédent, je fais table rase et les accueille avec le sourire au cours suivant, une fois le conflit traité. Le fait d’être autiste y est pour beaucoup : j’entends souvent les collègues parler « d’attitude insolente », mais moi, je ne les vois pas, ces attitudes. J’imagine que mes élèves doivent parfois faire des tentatives de provocation, mais ça glisse, elles sont souverainement ignorées, donc ils/elles doivent probablement se raviser… Mais globalement, j’ai la réputation d’être une « prof gentille » (dixit les 6èmes), alors que je gronde, les fais sortir de la classe et rentrer dans le calme s’ils/elles sont entrés bruyamment et mets des punitions, alors allez savoir…

Et non, bien sûr que mes élèves ne savent pas que je suis autiste, car cela ne les regarde pas. Ils/elles ont bien trop de choses palpitantes à gérer dans leur vie pour s’intéresser à celle de leur prof de langue, je préfère centrer leur attention sur la matière plutôt que sur ma personne. Bon, ils/elles doivent bien se douter d’un truc quand je monte sur une chaise pour écrire la date tout en haut du tableau, apparemment cela est rare (TOUT CET ESPACE GÂCHÉ).

@SJ_Mage veut connaître :

  • Quelles spécificités de l’autisme je communique, pour quels aménagements :

Je ne dis pas grand chose, ma foi. Je parle de la fatigabilité, je la rappelle en conseil de classe pour les élèves ayant un handicap : on fait une double journée. J’ai demandé à avoir ma salle, un repère stable qui m’a grandement facilité la vie. Je ne peux pas enchaîner plusieurs heures de cours toute une journée, même si cela me permettrait d’avoir une journée complète sans cours. Tant pis, il vaut mieux travailler tous les jours, plutôt que de passer la journée sans cours et le we en shutdown.

  • La gestion de la sociabilité avec les collègues et des jeux de pouvoir :

Ces deux choses sont, pour moi, une langue étrangère mystérieuse. J’aime bien mes collègues, on s’échange certaines pratiques et ils/elles peuvent compter sur mon soutien en cas de problèmes, car cela est dans l’intérêt des élèves : il faut une équipe soudée et cohérente pour les rassurer et leur donner un cadre, à mon sens. J’ai l’impression que c’est l’état d’esprit qui règne dans mon établissement. Mais je ne socialise pas avec eux en dehors du travail, car je n’ai tout simplement pas l’énergie. Je ne suis pas une grande assidue de la salle des profs à cause du bruit : elle est bien trop petite pour le nombre de profs que nous sommes (c’est un problème récurrent). Je travaille chez moi, là où je suis le plus efficace, mais il m’arrive de traîner dans la salle des profs et de discuter avec des collègues, quand il n’y a pas grand monde. Révélations : les profs avons beaucoup d’humour et on y rigole souvent. Quant aux jeux de pouvoir, je ne sais pas trop quoi dire. Je ne les perçois pas, je crois.

  • Comment gérer les meltdown et leurs conséquences :

Cela ne m’est encore jamais arrivé sur mon lieu de travail, mais si cela devait arriver, je partirais en disant que je suis « souffrante » (mon âme de dramaqueen adore ce terme), comme n’importe quel prof malade. Il m’est déjà arrivé de devoir être arrêtée par mon médecin suite à un shutdown (j’ai plus tendance à en faire que les meltdown). Encore une fois, je gère cela comme n’importe quelle maladie, quand cela arrive. La différence avec mes boulots précédents, c’est que je ne suis pas stressée par la menace du licenciement, même si, comme tous les profs, je me sens très coupable et me demande comment mes élèves-chéris vont-ils survivre sans leur dose de swag (aka le cours d’espagnol).

Pour conclure : le canari dans la mine

Je ne suis pas si différente du reste de mes collègues, finalement : je suis toujours fatiguée et en train de réfléchir à de nouvelles façons de travailler avec mes élèves. Le gros avantage de ce métier, lorsqu’on est autiste, est qu’en réalité, le gros du travail s’effectue… chez soi. On prépare et on corrige entre les murs rassurants de son sanctuaire, sans devoir se coltiner le bruit d’un bureau. C’est, à mes yeux, la partie la plus importante du travail, celle qui va permettre aux cours de se dérouler de manière fluide, et oui, elle est réalisée en télé-travail (LE GRAAL pour les autistes). De plus, j’ai eu un très bon accompagnement lors de mon entrée dans le métier : une tutrice qui en plus d’être compétente et à l’écoute est une mine de ressources, une formation (certes inégale de par sa qualité, mais qui avec le recul s’est avérée absolument nécéssaire pour certains aspects de la profession, comme la réflexion autour de la didactique) et des chefs encourageant/es.

En revanche, là où mon cas diffère, c’est que j’ai eu accès à des conditions de travail acceptables dès le début de ma carrière et qu’en tant que prof d’option, j’ai des effectifs de classe plutôt raisonnables. Si vous me demandez, cela devrait être le cas de TOUS les profs. Beaucoup de collègues sont épuisé/es et songent à quitter le métier car ils/elles travaillent dans des conditions qui donnent froid dans le dos, tout en devant gérer la culpabilité de ne pas faire correctement leur travail, alors qu’on les en empêche, il n’y a pas d’autres mots. Allez lire les articles sur le lycée de Stains, par exemple, et vous verrez de quoi je parle.

N’ayant pas de handicap, ces collègues peinent à survivre, là où moi je ne durerais pas une heure. Les autistes sommes les canaris dans la mine : si un poste de travail, dans ses conditions dites « ordinaires » nous est inaccessible et impossible à réaliser, c’est qu’il engendre de la souffrance professionnelle chez les non-autistes. Je le dis sans détour : je ne pourrais jamais conserver mon emploi dans les conditions décrites par certains/nes collègues. Si des conditions de scolarité sont inaccessibles pour de nombreux/ses élèves autistes, c’est qu’elle est difficile pour ceux/celles qui ne le sont pas. Eux douillent, nous on crève.

Finalement, je m’épanouis en tant qu’enseignante car cela rejoint deux de mes intérêts spécifiques : la mécanique de la transmission intellectuelle et l’hispanisme. Je ne me lasserai jamais de trouver de nouvelles manières de faire cours, d’analyser mes propres méthodes ni de voir mes élèves grandir intellectuellement, devenir autonomes et s’assumer, progressivement, dans leurs différences respectives. Coeurs sur elles, sur eux.

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Qui l’eût cru? Pas moi

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Voilà un peu plus d’un an que le livre La Fille Sympa a été lâché dans la Nature. Je ne vais pas vous mentir, je ne pensais pas que quiconque pourrait s’identifier à un récit de vie aussi bordélique. Qui donc pourrait s’y retrouver, dans l’expérience la moins universelle du monde? Quand on est autiste, surtout quand on est en cours de diagnostic, on a soif de récits qui nous ressemblent, on a besoin de se sentir moins seul/es, de se sentir, enfin, appartenir quelque part. Quoi de moins familier que le récit d’une autiste n’ayant pas grandi en France, élevée dans un savant mélange de traditions gitanes andalouses et de préceptes sectaires importés des États-Unis (coucou les Témoins de Jéhovah)? J’étais également sceptique quant à l’accueil du ton du livre : il n’a jamais été du goût de la maison de faire dans le misérabilisme, l’inspiration porn ou autres retords narratifs qui font pleurer sous les chaumières et confortent le chaland de sa chance de ne pas être né autiste. Et ça, ça ne fait pas vendre, me disais-je.

Et bien je me trompais. Non seulement il s’est vendu, mais en plus, de nombreuses personnes se sont fortement identifiées au récit. J’ai reçu des dizaines de messages, sur Facebook et sur Twitter, me disant à quel point les expériences leur parlaient, non de par leur contenu mais de par la manière dont elles étaient décrites et vécues, dans mes souvenirs. Quelle ne fut pas ma surprise en apprenant que ce livre, dans lequel j’avais placé si peu d’espoirs, avait atteint de nombreuses personnes qui avaient à présent réussi à obtenir un diagnostic médical d’autisme et des droits pour leur survie, qui envisageaient l’avenir autrement. Des personnes secouées mais qui en avaient fini avec la mascarade de la normalité.

Mais il n’y a pas eu que des autistes qui s’y sont retrouvés. Paradoxalement, cette vie si bordélique a eu un retentissement chez d’autres personnes, particulièrement celles ayant survécu à des abus parentaux. Contrairement à toute attente, ce livre fait pleurer sous les chaumières, mais aussi beaucoup rire.

Le fait que vous appréciez également le style d’écriture, que vous ayez du mal à lâcher le bouquin avant de l’avoir fini, est le plus beau compliment que vous ayez pu dire au sujet de celui-ci. Peu de gens le savent, mais à part ce blog, je n’écrivais qu’en espagnol. J’ai commencé à écrire à dix ans, pour moi, pour analyser le monde et essayer de donner du sens au théâtre qui se déroulait sous mes petits yeux fuyants d’autiste, je l’ai fait dans cette langue. Toute mon éducation littéraire s’est faite en espagnol, écrire en français m’était impensable. C’est peut-être, finalement, ce qui donne du peps à ce livre : quand on grandit dans la langue espagnole, on n’apprend à ne pas passer par quatre chemins pour dire les choses, mais surtout à le faire con arte, à ne jamais se complaire dans la plainte : nos histoires tragiques deviennent de grandes épopées ironiques sans morale particulière à retenir.

À vous tous et surtout vous TOUTES qui avez lu ce livre, qui l’avez aimé, qui vous êtes senti/es moins seul/es en le lisant : La Fille Pas Sympa vous dit merci et vous envoie de l’amour sur vos coeurs, avec modération, bien sûr.

Le bonheur des autistes

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Le bonheur des autistes n’intéresse pas les neurotypiques. Surtout pas ceux qui nous voient comme un truc défaillant qu’il faudrait réparer. De quel droit serions-nous heureux, alors qu’eux restent empêtrés dans leurs esprits étriqués, convaincus d’être la norme, ce qu’il « faut » être?

Je n’ai jamais eu autant d’ « amis » que quand j’étais malheureuse. Ça les rassure, de nous avoir sous le coude, comme faire-valoir. À partir du moment où nous accédons au bonheur notre existence perd tout intérêt, à leurs yeux. S’ils ne peuvent plus se rassurer sur leurs vies en nous voyant misérables, à quoi bon? Qui va donc leur fournir leur dose de pathos, désormais? Non, c’est vraiment trop injuste.

J’ai l’intuition que personne n’est mieux câblé pour le bonheur que les autistes. « Le bonheur est souvent subtil et partiel », écrit Roxane Gay dans Bad Feminist, j’ai l’impression que cette subtilité et cette partialité suffisent souvent à remplir tout mon être. Comment expliquer aux non-autistes cette sensation de plaisir immense à se plonger dans son intérêt spécifique? Malgré les moqueries, les tentatives de dissuasions, les réprimandes, nos intérêts et nos passions sont à protéger à tout prix : ils sont la clé de notre épanouissement et de la construction de la confiance en soi. Comment expliquer aux non-autistes le bonheur de se retrouver seul? La fierté de mener une vie autonome, enfin, sans trop d’accrocs? Certes, l’apprentissage de la vie adulte n’est pas une sinécure, globalement parlant. Mais du côté des autistes, elle équivaut à gravir l’Everest avec une jambe et un bras en moins. J’ai mis plus de dix ans à être pleinement autonome, à savoir : avoir du linge propre régulièrement, un appart propre et rangé, une alimentation diverse et saine, une bonne hygiène corporelle, des rendez-vous médicaux si besoin, des papiers à jour, une mutuelle, et les centaines de trucs qu’impliquent l’autonomie.  Et constater qu’il s’agit maintenant d’un mode de vie qui roule, fait de routines fluides et qui MIRACLE permet aussi de faire autre chose à côté (travailler, écrire) est une source de bonheur chaque jour. Des années de luttes personnelles, d’échecs et de grandes catastrophes ont fini par payer. Oui, le bonheur est subtil, en apparence.

Il y a pire, pour certains et d’après mon expérience, que de nous voir heureux et sereins : c’est de nous voir accéder à une position sociale stable, aussi modeste soit-elle. De réussir là où d’autres auraient bien aimé réussir, ou tout simplement de nous voir nous épanouir dans des domaines qu’ils jugeaient trop banals pour s’y intéresser avant nous. C’est insupportable : on n’est pas censés être là, on est censés douiller, être un peu plus bêtes qu’eux, rester le point de comparaison qui leur permettrait d’affirmer : « Moi, ça va ».

Cependant, on est là, intelligents, déterminés et têtus comme pas possible, bien résolus à ne pas rester à notre place. Trouvant le bonheur dans chaque parcelle où il se trouve, guérissant de nos dépressions, de nos PTSD, abandonnant toute velléité de « normalité » pour ré-inventer nos vies. Il n’y a pas de place pour les illusions : on restera toujours les proies privilégiées de personnes malintentionnées et on devra toujours se battre autant pour que nos droits soient respectés, la vie en tant qu’autiste n’est parfois pas de tout repos. Mais cela peut être également une vie douce, remplie de bonheur, une existence paisible, en somme.

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9 mois plus tard

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Il y a neuf mois, je publiais Un dernier crachat pour la route , mettant fin à mon activité sur ce blog. Les discussions dans les commentaires se sont poursuivies entre les lecteurs.trices, sans que je m’en soucie. Neuf mois en arrière, je prenais mes distances avec la sphère militante sur Internet et IRL, je voulais construire autre chose, me pencher sur des projets personnels et professionnels me tenant à coeur. Je n’avais plus de contenu à proposer pour ce blog, et ce texte n’a pas vocation à annoncer mon grand come back, car je considère que j’ai fait le tour du blogging, en ce qui me concerne.

Lorsque l’on milite pour sa condition, on passe beaucoup de temps à se défendre des attaques et du mépris qu’on subit : non seulement on est victimes de discriminations, mais en plus, si on l’ouvre, on a affaire aux susceptibilités de ceux et celles qui ne nous reconnaissent pas le droit de penser et de parler par nous-mêmes. D’aucuns croiront que les critiques acerbes ont contribué à me faire arrêter ce blog, et c’est mal me connaître. Je suis allée bien plus loin qu’un blog anonyme sur Internet : j’ai écrit un livre. Ou plus exactement, je suis en train d’écrire un livre. Et ce blog a largement contribué à la signature d’un contrat avec une maison d’édition. Si ce blog était un moyen de ne pas crier dans le vide, de laisser une trace malgré la confiscation de la parole, il m’a apporté bien plus que je n’aurais osé imaginer. Même si le livre s’avère être un flop, il sera là, ce sera une trace construite et solide, et pas un coup de gueule sur une énième injustice ou une énième connerie écrite à notre sujet, les autistes.

Il y a neuf mois, j’avais envie de « parler autrement », et ce livre n’est qu’un début. Le monde regorge de stéréotypes sur l’autisme, de mépris, de condescendance. Aux yeux de beaucoup de personnes, nous ne seront jamais assez humains ou assez lucides pour parler depuis notre propre expérience. Peu importe : ne leur donnons pas l’occasion de nous épuiser, de leur accordons pas un énième débat, car il ne s’agit, pour ces personnes, que de branlette intellectuelle, pendant que nos vies pâtissent des discours pathologisants sur notre condition. Nous les autistes, méritons mieux. Je propose qu’à l’aube de 2017, nous répondons en coeur aux attaques et au mépris par la phrase suivante : NOUS N’AVONS PAS VOTRE TEMPS. Fin de la conversation. J’invite toutes les personnes autistes me lisant à oser croire en leur potentiel, à l’utiliser, à ne pas se justifier une énième fois, à renvoyer les parents neurotypiques et les psys d’un « va être pas d’accord dans un coin », et à utiliser notre précieuse énergie pour nous, pour faire ce qui nous tient à coeur. Nous sommes trop occupé.es pour nous coltiner des boulets qui, en 2017, prétendent encore nous apprendre la vie.

Créons, inventons, étudions, entraidons-nous et construisons un autre avenir que celui qu’on nous propose.

Un dernier crachat pour la route

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La suspicion.

Je ne la perçois pas tout de suite chez mes interlocuteurs.trices. Il y a ces questions intrusives dont je ne comprends pas l’intérêt. Il y a ce médecin généraliste fan des tisanes qui va me dire que sans « test génétiques » mon diagnostic n’est pas valide. Il y a ces jugements faits à la hâte sur des traits aussi anodin que ma prosodie. Ma prosodie pédante étonne ou exaspère, et je ne peux rien pour les ragueux.ses qui haussent un sourcil à chaque fois qu’un son sort de ma bouche. La suspicion pèse sur moi dès que je dévoile ma condition d’autiste. Pourtant, c’est souvent quand je me retrouve acculée que je le fais, quand face à ma RQTH mon interlocuteur.trcice, n edécelant pas le signe visible de mon handicap, force l’aveu.

Il y a la suspicion non seulement sur la forme, mais sur le fond de ce que je dis. On ne m’a jamais autant demandé de me justifier sur tous mes propos. Suis-je assez autiste pour parler de l’autisme? Suis-je solidaire d’autres conditions? Suis-je assez ceci, assez cela? Pourquoi ne suis-je pas gentille avec les parents qui étalent la vie de leur rejetons sur la Toile? Ne suis-je pas en train de nuire à ma cause? Il y cet énième relou que vous ne connaissez di d’Ève di d’Adan et qui exige que vous débattiez avec lui par mail ou via Twitter.

Il y a les petites vendettas personnelles, bien sûr. Des prétentions romantiques envers ma personne qui, éconduites, virent à l’attaque de tout ce qui peut sembler « problématique » sur ce blog ou mon fil Twitter. Il y a aussi des animosités toutes simples, sans sentiments éconduits. Dans ce sens, les codes des sphères militantes IRL et celles d’Internet sont étrangement similaires, voire interdépendantes. Je ne jette la pierre à personne, je ne me considère pas exempte d’avoir moi-même ce genre comportements. Je suis juste lassée, ennuyée, de tout ce petit jeux entre les SJW (Social Justice Warriors). J’ai vu des ami.es partir, arrêter leur blog, quitter les réseaux sociaux suite à un harcèlement méthodique et destructeur, impulsé par des personnes qui avait tout intérêt à leur faire perdre autant de crédibilité que possible. J’ai vu les victimes se justifier, donner des détails de leur vie privée pour se défendre, puis j’ai su pour l’internement en HP, j’ai su pour le suicide, je ne voulais pas en savoir plus. Quiconque prendrait la défense de quelqu’un marqué du sceau « d’oppresseur » -ou toutes les formes dans lesquelles se décline ce terme- sur internet est harcelé.e à son tour.

J’ai déjà vues ces dynamiques en dehors d’Internet. Dix ans plus tard, une personne de ma connaissance est toujours persona non grata pour avoir osé remettre en question le leader militant lors d’un mouvement lycéen. Lorsque ceci arriva, son identité a été affichée partout sur les sites militants de l’époque. La question de si cette personne avait raison ou pas, à ce stade, ne se pose pas et ne sert pas à justifier le traitement qui lui a été appliqué. La déshumanisation des personnes avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord ou, pour parler plus pompeusement, les « ennemis politiques » est déjà un problème IRL et je suis effrayée quand je vois la vitesse à laquelle ce processus a lieu sur Internet.

Si IRL j’ai à faire à la suspicion sur ma condition autistique, sur mon blog je dois montrer patte blanche et prouver que je suis une militante acharnée, plus investie que n’importe quel parent, pour avoir le droit de m’exprimer sur ma condition. Il arrive parfois que l’IRL et le virtuel se croisent de manière agréable, comme quand des personnes autistes me disent qu’elles ont adoré ou éclaté de rire en lisant l’un de mes post. Malheureusement, c’est plus souvent de manière malsaine que les deux sphères se croisent: une personne ayant des griefs contre moi IRL va alors profiter de ma minuscule notoriété pour m’atteindre sur Internet. Ou l’inverse.  Bref, je me répète.

Il y a longtemps que je me suis éloignée des espaces de militantisme IRL. On peut dire que j’y ai vaguement fait un tour lorsque je commençais à me politiser. Je n’y suis pas restée longtemps, même si au début j’étais enthousiaste de rencontrer des personnes atypiques. Mais j’ai vite déchanté. Je me souviens de cette personne qui vivait très mal ses phases maniaques, mais celles-ci étaient tellement valorisées et vues comme un pur engagement militant qu’elle les poussait très loin. Celles et ceux qui la portaient aux nues n’étaient jamais là pour la voir se fracasser douloureusement à la fin de chaque phase.

J’ai coupé les ponts avec des espaces et pas nécessairement avec des gens. Ce blog est le dernier espace de parole militante qu’il me reste. Je n’en veux plus. J’aime ce blog et il représente une partie de ma vie, ce sont des traces précieuses, des propos ô combien problématiques, parfois, des coups de gueules très récurrents et un défouloir face aux injustices à titre personnel. Le fait est que je n’ai plus besoin de ce défouloir. Je pourrais y écrire d’autres choses, bien sûr. Mais ce serait faire une offense à La Fille Pas Sympa, vous le savez aussi bien que moi. Car si je ne suis toujours pas -et ne serai jamais -« sympa », je n’ai plus l’énergie de m’énerver ou de m’offusquer des conneries des neurotypiques &co. Je suis bien trop occupée à d’autres choses. Mes intérêts spécifiques me prennent du temps, me font un bien fou, mes relations sociales, bien que réduites, sont agréables et je construis une vie paisible et prévisible. Et comme je trouve cela précieux -et exceptionnel- je me préserve en quittant les milieux militants sur Internet. Bien sûr, je n’ai pas dit tout ce que j’avais à dire sur l’autisme, mais je n’en ressens plus le besoin. Le blog restera mais les commentaires seront fermés (au point où j’en suis c’est pareil, j’en ai accepté tellement peu au vu du contenu insultant de la plupart des commentaires « parentaux »). La santé mentale avant tout, les ami.es.

Merci de m’avoir lue,

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La Fille Pas Sympa

C’est mercredi, c’est misandrie!

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Bonjour, bonjooour, ça faisait longtemps!

J’ai été très occupée. C’est même pas une blague, dernièrement j’ai fait des trucs très très sérieux. Disons que j’essaie de me construire une carrière qui me rapporte assez d’oseille pour acheter des croquettes de luxe à mes chats, qui leur rendront le poil soyeux et les feront vivre jusqu’à 32 ans (au moins). D’un autre côté, je travaille activement avec le Lobby Ultra-Secret des Féministes Castratrices et Avides de Pouvoir (le LUSFCAP, pour les intimes) sur des activités aussi variées et ludiques que la domination du monde, l’embrigadement homosexuel des enfants et la fabrication de bébés dans des éprouvettes.

Même au milieu de tout cela, j’ai trouvé le temps de vous pondre un article en ces temps de partage, de joie et de crise de foie. Cet article donc, tout plein d’amour et de tendresse, recense allègrement les pires mecs cis qui ont croisé mon chemin et avec lesquels j’ai pu batifoler (pas tous, je précise), lors de mes errements hétérosexuels. Pour égayer cela, je leur ai amoureusement donné des noms de parfums de ma création.

Absolut Creepy
C’est le gars qui se la joue poète. Il t’écrit des poèmes érotiques atroces et t’envoie des roses fanées. Il te stalke dans ton quartier, à la sortie des cours. Il erre comme une âme en peine face à ton refus de céder à son insistance. Il te met sur un piédestal, tu es sa Muse, la fââââme cruelle qui torture son âme d’artiste. La Charlotte de Werther

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En fait, tu le trouves juste pas vraiment intéressant et tu préfères largement les concours de pets entre copines à un après-midi avec lui passé à parler de psychanalyse.

Poire Éternelle
Poire, comme l’appelle Lauren, ou le Nice Guy, on ne vous le présente plus.

costanza-wink

*regarde sa TL Twitter*

Il est là, il attend, patiemment, que les miettes tombent de la table. Il pense qu’à force d’être gentil il réussira à avoir accès à votre vagin sacré. Le poirisme, c’est le cauchemar des autistes, puisque toute sa communication se base sur l’implicite: il faut deviner qu’il se sent attiré par nous et nous rendre compte que son amitié n’est qu’un succédanée pour lui, puisqu’il guette sournoisement, tapis dans l’ombre, l’occasion de vous sauter, enfin.

stop

S’il n’arrive pas à ses fins, il vous traitera de salope et ira chouiner sur JVC, parce que nier le droit au sexe à un mec, c’est quand même vachement violent et méchant.

C for Calimero
j’ai déjà parlé de Calimero dans cet article. Calimero c’est le gars qui pense que le sexe, c’est trop cool, et que si t’es pas hyper-fan t’es un peu une coincée qu’il réussira à libérer grâce à son Pénis Magique. Il est un peu dégueu et d’après mes sources, baise comme s’il était au pieu avec sa maman.

pda

Il se plait à imaginer que les femmes sont en constante compétition pour ses faveurs, et la moindre démonstration de solidarité féminine est susceptible de blesser son petit ego.

Eau de Dudebro
Comment parler du dudebro? Il y a tant à dire sur ce personnage. Le dudebro est un gars tellement peu sûr de sa virilité qu’il aura besoin de l’affirmer constamment, bien par moyen de vannes sexistes, bien par des bruits gutturaux quand se déplace en meute (par exemple, une manif, ou un bizutage des premières années en école de commerce). Il ne parle pas de ses sentiments parce qu’il n’est pas une tapette, faut pas déconner. Le dudebro est fatigant, mais plutôt inoffensif. Il a juste besoin d’être conforté dans son identité de mâââle. Pour vous débarrasser facilement de lui, jetez-lui un steak et des chips et éloignez-vous doucement.

Tormento
Tormento est l’évolution, la version un peu vieillotte d’Absolut Creepy. C’est l’Artiste incompris par excellence, le talent frustré qui se rêve souvent en pâle version de Bukowski. Il se décrit comme un loup solitaire, tel Ryan Gosling dans Drive, n’ayant besoin de personne et ne se souciant guère de l’opinion d’autrui.

sad_face

La vérité, c’est qu’il est tristement dépendant et a besoin désespérément d’un regard extérieur pour que cette façade tienne. Vous le trouverez généralement affalé dans un canapé, aigri, se bourrant la gueule au whisky en écoutant du Bashung, ou du Léo Ferré pour les plus vieux, pestant contre les manants qui ne peuvent comprendre son génie.

Cette liste est bien entendu non-exhaustive et j’ai hâte de voir les surprises que 2016 nous réserve en matière de tendances masculines.

Coeurs sur vous.

thankyou

Ces allié.es qui n’en sont pas

Non classé

Le titre de ce poste reprends le titre de Superpépette , Ces autistes qui n’en sont pas, où il est question de personnes se disant autistes sans l’être réellement…

Cringe Worthy

Je sais, moi aussi j’étais so shocked

Je vais parler d’un sujet très épineux pour moi. En effet, si certain.es ont le « t’es pas autiste » facile, je refuse, pour ma part, de m’autoriser à présumer de la neurotypie de mon prochain. Premièrement, je n’en sais rien, deuxièmement, c’est brutal pour la personne qui se prend cette affirmation en pleine tronche, alors qu’elle est peut-être désorientée et dans une phase de questionnement qui, comme les autistes qui me lisent le savent bien, est extrêmement perturbant. Rappelons de plus que la neuroatypie ne concerne pas que l’autisme mais également de nombreuses autres conditions, allant de la schizophrénie au mal-nommé « haut potentiel ».  Seulement.

Seulement.

Superpépette n’a pas la gâchette facile. Elle fait partie des personnes les plus bienveillantes à ma connaissance. Mais faut pas pousser mémé dans les orties (oui Jujue, mémé c’est toi). S’il y a bien quelque chose dont nous pouvons parler, les autistes Asperger, c’est de l’autisme. Nous savons bien que nous développons des mécanismes de compensation tellement badass qu’il est difficile pour les autres de voir ce que nous sommes vraiment. Mais s’il y a bien un moment où nous arrêtons de jouer aux « personnes normales », c’est entre autistes. Quand nous suspectons qu’une personne se disant autiste se leurre, sachez une chose: on est les mieux placé.es pour le savoir. Cela n’implique pas d’ignorer la personne, de la violenter verbalement ou de la prendre de haut. On peut en discuter posément, comprendre d’où viennent les difficultés sociales, et tout cela avec bienveillance envers la personne concernée. C’est ce que fait Superpépette, qui possède une patience infinie dont le ciel ne m’a pas gratifiée. Les personnes dans le doute ou en quête d’identité à travers l’autisme ne posent pas forcément de problèmes, c’est juste déconcertant. Mais il y a les autres. Et cette deuxième catégorie, préparez-vous psychologiquement, car elle fait plutôt peur.

Scarlett Johansson Terrified

Oui oui

Je pense que je vais choquer des gens en disant que l’autisme est un business pour beaucoup de neurotypiques s’auto-proclamant « concerné.es par l’autisme »: pseudo-spécialistes de l’autisme, soigant.es, parents, tout le monde y va de sa petite opinion sur les thérapies à pratiquer, les souffrances de l’entourage, leur noble combat.  Il suffit d’aller faire un tour sur les blogs des parents d’enfants autistes pour constater avec quelle insouciance les parents dévoilent l’intimité de leurs rejetons depuis leur plus jeune âge, sans se soucier du consentement de ceux-ci.

Mettons les choses au clair [SPOILER: ça va chier].

VOUS

N’ÊTES

PAS

LÉGITIMES

Chut. Je ne veux pas vous entendre vous défendre, ni argumenter. Vous n’êtes pas « concerné.es » par l’autisme si VOUS N’ÊTES PAS autistes. C’est tout. Vous avez peut-être l’immense privilège de vivre au quotidien avec un.e personne autiste, mais vous n’avez aucun droit de vous approprier ce combat ni de parler en notre nom. Vos ABA, vos chouineries, vos actions anti-packing et tout le tralala, permettez-moi de vous dire que c’est très embarrassant. Car toute cette énergie et cet argent dépensée à la recherche de moyens « d’intégrer » les autistes dans votre monde et à nous faire apprendre votre langage, vous ne la dédiez pas essayer d’appréhender notre monde et notre langage. Vous qui écrivez des témoignages poignants « mon fils ma bataille » pour décrire votre « combat contre l’autisme », vous n’avez pas la moindre idée d’à quoi ressemble notre monde, des mille et une subtilités qui le composent: je vous ai lus, oui, je me suis infligée vos jérémiades, et je peux vous dire que vous êtes à dix mille lieux de savoir de quoi vous parlez. Utiliser vos enfants comme caution et vous faire mousser sur les plateaux télé ne fait pas de vous des personnes nobles, loin de là.

Heureusement, de plus en plus d’autistes prennent la parole et remettent à leur place les « belles âmes » usurpant leur place au sein de la communauté autistique.On assiste à une réappropriation du discours autour de l’autisme par les concerné.es, à travers divers blogs et conférences, ainsi qu’à la production d’œuvres visuelles et artistiques qui viennent bouleverser la vision qu’avaient les neurotypiques de l’autisme. Parmi ces œuvres-nombreuses- je citerai la magnifique vidéo « In my language » d’Amanda Baggs, que je n’ai jamais pu me lasser de regarder depuis sa découverte.

Petit à petit, les autistes s’organisent et des projets se construisent. On se fait parfois accuser de « communautarisme » par les personnes qui se retrouvent exclues car non-concernées. Le fantôme communautariste est typiquement français, d’ailleurs, il fera l’objet d’un autre billet. Quoi qu’il en soit, on commence à accorder -vaguement- de l’importance à ce que les autistes ont à dire.

Et c’est là que nous arrivons à nos fameux autistes mythos. Car oui, se faire passer pour autiste peut rapporter, ma bonne dame. Pas seulement pécuniairement mais aussi sous la forme d’une notoriété ou d’une légitimité. Vous trouvez cela farfelu? Vous n’avez peut-être pas entendu parler de Rachel Dolezal?  En matière d’usurpation de la légitimité, elle est plutôt balèze. Loin de moi l’idée de mettre au même niveau la lutte anti-raciste et celle pour la neurodiversité, j’ai choisi cet exemple puisqu’il est parlant: oui, c’est un phénomène qui existe, certaines personnes sont capables d’aller très loin pour avoir une place privilégiée au sein d’un mouvement. Elles arrivent à leur fins, prennent une place importante et ont de l’énergie à revendre d’autant plus qu’elles n’ont pas été « cassée », « broyée » par l’oppression que subissent les véritables concerné.es depuis le début de leur existence. Et elles parviennent même à occuper des postes rémunérés, elles font d’une lutte qui ne leur appartient pas leur gagne-pain et volent la parole qui nous revient. En ce qui concerne le billet de Superpépette, elle savait qui elle visait, la personne s’est bien entendu reconnue a tout de suite réagi en hurlant au communautarisme.

Ceci méritait un facepalm de groupe

Ce genre de réaction n’est pas étonnante. Militante féministe du dimanche, je suis bien placée pour savoir à quel point les espaces de mixité choisie comme outils politique provoquent la rage des oppresseur potentiels, habitué qu’ils sont à occuper l’espace visuel, sonore et décisionnaire. Je sais aussi que nous sommes en France, un pays plutôt fan de l’eucharistie catholique à tous les niveaux, ce qui implique que l’on est censé.es vouloir « vivre-ensemble » et se rouler des pelles avec des gens qui nous oppressent au quotidien, même sans le vouloir. Heureusement, d’autres dynamiques se mettent en place aussi bien parmi certaines féministes que parmi certain.es autistes. Il faut s’attendre à se genre d’intrusion, de tentative de culpabilisation, de chouineries voire de remise en question de notre propre légitimité à nous organiser.

Si j’ai un message à adresser à ces allié.es foireux: les autistes ne sont pas votre psychothérapie au rabais, ni votre caution pour jouer les Mères Teresa. Dégagez de nos espaces, dégagez de nos luttes, dégagez de nos vies: parce que vous avez sûrement l’idéal de l’autiste gentil.le, docile et naïf.ve, mais on vous attend au tournant, le couteau entre les dents.

Chronologie d’un effondrement émotionnel

ma life, Non classé

Il y a des moments que les autistes connaissent très bien et redoutent plus que tout: les effondrements émotionnels.

ohmygod

Cela arrive pour de multiples raisons qui varient en fonction de chaque personne. En ce qui me concerne, les changements brusques et non-souhaités et la déception sont de gros déclencheurs. Les effondrements émotionnels prennent différentes formes en fonction de la situation mais en général ça se passe comme ça:

–  Un grand sentiment de vide s’installe sournoisement. Je ne ressens plus rien. Je suis un légume.

–  Je ne m’alimente plus, et cela pendant plusieurs jours. Je n’ai même pas faim, je perds tout lien sensoriel avec mon corps. Sauf peut-être l’odorat, au bout d’un moment je sens quand même que je devrais prendre une douche.

– Je ne sors plus de chez moi pendant des jours. Je pense que si je me laissais aller, si je n’avais pas un minimum d’obligations sociales, cela pourrait durer des semaines.

– Mon ordinateur est mon meilleur ami. Je ne communique avec personne, mais je regarde des trucs super nuls en streaming et lis des blogs BD.

– Je dors au moins 15h par jour. Être réveillée m’emmerde parce que je suis consciente. Je préférerais dormir, ne pas être vivante.

– Vu que je ne ressens rien, je me fais mal, pour au moins sentir si je suis encore vivante ou un truc dans le genre. Manque de bol, je suis hyposensible à la douleur externe. Alors oui, parfois c’est pas joli-joli.

– Je ne réponds évidemment plus aux appels ni aux SMS. Je fais semblant de ne pas être là si on sonne à ma porte. Socialement, pendant quelques jours, je n’existe plus.

– Je pense à la mort, et de manière plutôt sereine d’ailleurs. Dans ces moments-là, j’envie les gens qui meurent de manière douce et paisible. Les gens qui ne se ratent pas. Je me pose la question de comment faire pour ne pas traumatiser ceux ou celles qui retrouvent le corps. Comment s’assurer que ton animal domestique ne te bouffera pas. Des trivialités dans le genre. Je n’ai jamais envisagé sérieusement le suicide ni même fait une tentative, je précise pour les alarmistes.

– Je fume des clopes à longueur de journée et ne bois que du chocolat chaud.

Et puis, un jour, je retrouve des sensations. Je ressens à nouveau mon corps, c’est douloureux et en même temps merveilleux. Je renais de mes cendres -ou plutôt du canapé- je ferme mon ordi, j’ouvre la fenêtre pour aérer. Je commence à faire la vaisselle, à ranger, faire le ménage, jeter des ordures  à la poubelle, à laver les draps. Je quitte mon pyjama et prends une douche, mets des habits propres et vais faire quelques achats pour remplir le frigo. Je reprends contact avec le monde, petit à petit. Je réponds aux sms, rappelle les gens. Puis je quitte mon logement, mon cocon, pour repartir affronter la vie en commençant par un apéro au soleil, entourée de personnes que j’aime malgré mon semblant d’indifférence, et qui attendaient mon retour à la vraie vie sans me juger.

soleil

« Tu n’écoutes jamais »

Non classé

Je crois que c’est l’une des phrases que j’ai le plus entendues au cours de mes 25 ans. J’ai le souvenir de voir mes parents exaspéré.es à ce sujet, sans vraiment comprendre pourquoi il.elle se mettaient dans un état pareil. « Elle est dans la Lune » (la description la plus aimable à propos de mon état presque permanent), « Elle n’en fait qu’à sa tête » (quand je n’obéissais pas car je n’avais tout simplement pas écouté l’instruction), « Elle est peut-être sourde? » (l’angoisse des parents), mais surtout « Bon sang mais tu n’écoutes pas quand on te parle!!! », sont des phrases devenues tellement familières que, à leur tour, je ne les entends plus et les considère comme une fatalité.

Pendant l’enfance et l’adolescence, je pense que j’étais tellement repliée sur moi-même que je ne pouvais me rendre compte du désarroi des autres face à mon mutisme et mon indifférence (dont je ne sortais que pour parler avec passion d’Harry Potter ou de Manga), désarroi qui évoluait souvent en colère contre ma personne, colère qui me frappait comme une massue et contribuait à me renfermer encore plus. Je ne comprenais tout simplement PAS, j’étais, comme disait toujours mon géniteur, « à côté de la plaque ». Je voulais juste qu’on me foute la paix.

En entrant dans l’âge adulte, je m’ouvrai plus aux autres, comprenant que si je ne faisais pas d’efforts je mourrais certainement seule et dévorée par mes chats.  Je remarquai cependant que je ne comprenais pas ce qu’il se passait ou se disait au sein d’un groupe. Je mettais beaucoup de temps à comprendre de quel sujet de conversation il s’agissait, je n’arrivais pas à suivre et parfois faisais des gaffes monumentales. J’ai toujours aujourd’hui ce sentiment dans la plupart des discussion composées de plus de trois personnes. Ce que je ne savais pas, c’est que la communication verbale n’étais pas mon fort, malgré mon aisance apparente.

Les personnes les plus proches de moi aujourd’hui me reprochent souvent de ne pas les écouter. J’ai demandé à l’une de ces personnes de me décrire ce qu’il se passe quand je « ne l’écoute pas », et voilà ce qui est ressorti:

* Je donne une réponse complètement inadaptée, souvent un « ouais, ouais », alors que la personne me pose une question ouverte, du style: « Tu préfères commander des maquis ou manger Libanais? ».

* Parfois, je ne donne carrément pas de réponse ou ne réagis pas quand on me parle.

* Quand nous rediscutons du sujet, la personne se rend compte que je n’avais pas écouté ce qu’elle m’avait dit précédemment et est obligée de me le répéter.

Sur ce dernier point, j’ignore s’il s’agit d’un problème de mémoire à court terme ou d’une absence d’écoute. Je n’ai cependant aucun souvenir d’avoir reçu une information verbale que la personne est sûre de m’avoir donnée, alors je pense que je ne l’ai tout simplement pas écouté.

Je sais que j’entre souvent dans un état que j’appelle être « perchée », et ce depuis toute petite. C’est un état second ou je n’entends rien et ne vois rien, et cet état peux advenir en plein milieu d’une conversation cruciale sans que je puisse en avoir la maîtrise. Cela peut durer un quart de seconde ou plusieurs minutes, mais je loupe des informations importantes pendant cette absence. Je sais aussi que je parle beaucoup de ce qui m’intéresse et aime disposer d’une oreille attentive, mais que je ne rends pas la pareille. Je suis presque constamment plongée dans mon monde et ne prête pas attention aux besoins des autres à moins qu’ils.elles me le signalent clairement. C’est pour cela que j’ai décidé d’élaborer des stratégies pour faciliter la communication avec les gens qui m’entourent:

1. Les prévenir que j’ai des difficultés avec les instructions verbales, qu’il sera plus simple de les accompagner d’un support visuel ou écrit.

2. Expliquer à ces personnes que si elles ont besoin d’être écoutées sur un sujet, elles doivent me le faire savoir de manière explicite pour que je comprenne que c’est important pour elles. Je dois me préparer, disons, psychologiquement, à être à l’écoute.

3. Expliquer également que dans certaines situations, peut importe mes efforts, je ne serai pas en mesure de les écouter, car soit l’environnement sera trop agressif pour mes sens, soit je serai en train de me récupérer d’une « crise autistique » (j’en parlerai dans un prochain billet), soit je serai en plein dedans. C’est comme ça, ça peut paraître très « chochotte » (encore un mot de mon géniteur, tiens) mais connaître ses limites et les assumer fait partie de mes engagements envers moi-même.