Se Relire Après Presque Dix Ans

Avoir migré ce blog m’oblige à retravailler le format de certains posts, afin qu’ils soient lisibles : les liens, sous Hugo, ne s’insèrent pas de la même façon, et les images n’ont pas les mêmes chemins. Il faut donc réindexer certaines éléments et mettre à jour des liens devenus obsolètes. Ce qui me permet de relire ce que j’ai publié il y a maintenant presque dix ans, notamment ceci.

Je cringe, et je trouve cela assez drôle. Je n’étais pas du tout la même personne (vous êtes venus sur ce blog pour des propos profonds, vous voilà servis).

Ce qui a changé

En me relisant, je vois des réflexes, des expressions et des façons de faire que j’ai complètement abandonnés.

L’écriture inclusive

En 2014, et pendant longtemps, j’ai utilisé l’écriture inclusive. J’étais, dans mon entourage, une des seules à le faire. J’ai fini pas abandonner, pour trois raisons :

  1. L’écriture inclusive n’avait pas aboli le sexisme (publicité mensongère)
  2. Je ne me sentais pas plus incluse que cela en lisant des textes parsemés de “é.es” et autres systèmes D
  3. C’était quand même très chiant pour de longs formats comme mes mémoires de Master ou mon livre, et j’ai pris la décision d’arrêter

Les mots bateaux de l’inclusivité

J’ai aussi arrêté d’utiliser les mots “bienveillance” (qui est tout de même un chouette concept) ou “inclusivité”, tout simplement parce que les cons en ont fait leur monopole. Après être devenue moins conne en lisant bell hooks, j’ai commencé à comprendre l’arnaque que représentait tout ce jargon. Pas étonnant qu’il soit à présent dans toutes les bouches des RH, des marketeux et de Jean-Michel Blanquer lui-même.

Le registre lexical de… de quoi, d’ailleurs ? Bref, ce registre lexical que je peine à qualifier est devenu une novlangue servant de tramplin au dernier idiot du village voulant se construire une réputation et feindre la compétence. Demandez-moi comment je le sais (spoiler : j’ai exercé le métier de professeur au sein de l’Éducation Nationale).

Le registre militant

Le militantisme, l’activisme, appelez-le comme vous le voulez, a été la façon dont je me suis ouverte au monde, grâce à laquelle j’ai rencontré de nombreuses personnes aujourd’hui devenues des amis de longue date.

IRL ou sur Internet, je n’y ai pas pour autant trouvé ma place. Surtout, à partir d’un moment, j’ai commencé à construire une pensée bien à moi, autre chose que tout ce que j’entendais et lisais.

Le statut social

Le cringe ou l’effet comique s’explique probablement par le fait que j’ai le luxe de voir à distance les situations et les problèmes que j’évoquais à 24 ans.

Et ce luxe, justement, a été arraché, petit à petit, centimètre par centimètre, par cette moi de 24 ans qui écrit rageusement, qui refuse d’accepter son sort, de rester à sa place ou de se faire dominer socialement par des abrutis, qui n’a même pas l’espace mental de se rendre compte qu’elle est GOUINE COMME UN CAMION, car elle doit surcompenser son handicap, vaincre l’épuisement, les crises de panique nocturnes, l’agoraphobie et le mutisme occasionnel, pour rendre ses devoirs à temps, exercer des boulots tellement ingrats qu’elle en perd sa foi en l’humanité et pour surtout, surtout, ne jamais dépendre de qui que ce soit pour survivre.

Qu’importe si, sur la route, elle a posté des bêtises plus grosses qu’elle d’un air très intellectuel. Je le lui accorde.