C’est quoi votre délire avec les câlins?

Parents

Au long de ma courte vie de célébrité du dimanche, et à presque trente ans, j’ai souvent eu l’occasion d’entendre cette phrase : « Tu as une telle confiance en toi, tu ne te laisses pas faire, j’aimerais être / que mon enfant soit comme toi ». Soyons clairs, ceci n’est qu’à moitié vrai et je pense que quiconque m’aurait rencontrée dix ans plus tôt n’aurait absolument pas prononcé cette phrase. Cependant, cette « confiance en soi » reste une impression permanente (même si elle n’est pas toujours au rendez-vous et qu’elle n’est qu’une impression, justement), tout au long de ma vie, C’est en me penchant davantage sur les pratiques ABA et notamment sur des extraits de la BD Les petites victoires, que j’ai pu mettre le doigt sur les origines de cette assurance qui m’habitait.

Ceux et celles qui ont lu mon livre savent que, comme beaucoup d’enfants, j’ai subi des violences de la part d’adultes et de mes pairs, et que j’ai grandi dans un contexte, disons, particulier. Mais il y a une violence que je n’ai jamais subie, et qui est infligée aux enfants autistes. Cette violence est illustrée dans un extrait de la BD d’Yvon Roy, en voici un exemple :

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Allez vomir, je vous attends ici. Oui, oui, sérieusement, je vous attends.

C’est fait? Reprenons.

Pas besoin d’être autiste pour voir tout ce qui déconne dans ce strip. Mais il faut être autiste pour ressentir cette image, ressentir la douleur physique qu’éprouve  le petit garçon, douleur qui finit par l’épuiser et le faire entrer dans cet état second qui nous soustrait du monde, peut-être même en allant jusqu’à la dissociation pour échapper à cette douleur. Ce qu’il en retiendra est que sa douleur est insignifiante face aux désirs d’autrui, qu’il n’est pas assez important pour que l’on respecte ses limites physiques. Bravo papa Roy.

Cela a un impact sur le développement de notre personnalité, en tant que personnes autistes. Et à titre personnel, j’ai pu mettre le doigt sur cette confiance en moi qui m’habitait : les traitements douloureux qu’on m’infligeait étaient explicitement violents, à titre punitif, mais jamais on ne m’a mise dans cette situation horrible de vouloir me faire un câlin de force. JAMAIS. Pourtant, j’ai grandi dans une culture où l’on est tactiles, où les gens s’enlacent pour un oui et pour un non, où les copines marchent dans la rue bras-dessus bras-dessous. Est-ce que mes parents étaient frustrés par mon refus de contact physique? Absolument. Est-ce que mes proches et mes parents ont exprimé cette frustration? Tout à fait. Et on a le droit d’exprimer sa frustration, à partir du moment où elle ne s’inscrit pas dans le chantage affectif.

Les parents d’autistes ont tout à fait le droit de dire « c’est frustrant que mon enfant n’accepte pas les câlins ». La limite de la décence est dépassée lorsque l’on oblige ou dresse un enfant autiste à les accepter, pour notre confort affectif. Pourtant, quand un chat fêle et nous fait comprendre qu’il ne veut pas être papouillé, on lui fout la paix.

Dresser un enfant autiste pour qu’il accepte les câlins ne le rendra pas plus fort et plus autonome dans la vie. Au contraire, cela lui ajoutera des difficultés, le rendra plus vulnérable, et surtout, c’est une torture. Car oui, le contact physique peut être DOULOUREUX pour nous. De plus, certains ressentons la sensation du toucher même quand celui-ci n’est plus là. Votre délire des câlins doit cesser, mais genre tout de suite. Il y a dix-mille façon d’exprimer de l’amour et de l’affection sans passer par le contact physique, il s’agirait de se sortir les doigts et de s’y mettre.

Mes parents ont vraiment merdé sur plein de points, mais celui-ci n’en n’est pas un. La seule personne qui a voulu me forcer à faire un câlin était une adulte française, elle aussi. Mais la distance qu’on m’avait permis d’avoir en la matière m’a aidée à la repousser, à m’affirmer et à établir mes limites, en somme, c’est cette partie de moi qui s’est épanouie. J’ai appris que les gens aimaient bien les câlins, que ça les rassurait, mais que je n’avais pas à en faire si je ne voulais pas. Ils s’en plaignaient, ô que oui, en Andalousie on aime se papouiller même quand on vient de se rencontrer pour la première fois. Mais le fait qu’on respecte cette limite m’a fait comprendre qu’on me prenait au sérieux, et cela est fondamental dans la construction de la confiance en soi. J’ai dix-mille traumas à gérer, mais celui-ci n’en n’est pas un et ma confiance en moi m’aide à avancer et à les surpasser.

Il est dur d’imaginer à quoi ressemblera notre enfant une fois adulte. Pardonnez-moi l’expression, mais on traite les autistes comme des merdes et les familles comme des tiroirs-caisses. Je vous vois, les auteurs de torchons comme cette BD ou l’autre tarée de To Siri with love, les thérapeutes ABA et autres charlatans. Vous voulez suivre leurs « conseils » et vous en inspirer? Bon courage. Si ce que vous souhaitez est que votre enfant réponde à vos attentes et se soumette à vos besoins affectifs, ouais, pourquoi pas, il va vous faire manger votre merde à l’âge adulte, mais au moins vous pourrez dire « il accepte les câlins, han trop de bonheur ». Profitez bien de cette illusion car elle sera de courte durée et surtout, n’oubliez pas que vous préparez votre enfant à être la proie idéale de toutes sortes de pervers.

Vous voulez que votre enfant devienne un adulte confiant en lui, qui n’a pas peur des difficultés, qui est capable de vivre de façon autonome et d’être heureux? Alors pour ça, il n’y a pas de formule magique. Ce sera comme avec tous les autres enfants, la loterie, en somme. Personne ne peut vous garantir que ce sera le cas. Une fois adulte, votre enfant ne ressemblera absolument pas à ce que vous voyez aujourd’hui, WOAH RÉVÉLATION DE LA FILLE PAS SYMPA. Ce qui est sûr, c’est qu’en tant qu’autiste on se heurte au validisme, à une société complètement fuckée et que votre enfant va avoir besoin de toute votre acceptation et du respect de ses limites pour affronter ce monde. Pas besoin de lui rendre la vie difficile à la maison pour « le préparer à la réalité », la réalité on la vit, t’inquiète, on a, au contraire, désespérément besoin d’une soupape, de souffler, entourés de gens qui nous aiment et nous valorisent.

Écoutez les autistes, écoutez votre enfant quand il est en mesure de s’exprimer, RESPECTEZ ses limites, apprenez à vous rassurer autrement qu’en l’exploitant affectivement. Faites du yoga ou buvez des tisanes, j’en sais rien, ce n’est pas notre problème. Mais surtout, arrêtez avec votre délire de « faire des câlins », sérieusement, on s’en branle, c’est pas notre truc et ça ne le sera jamais, mais vous allez vous en remettre. Et votre enfant vous aimera pour cela, à sa manière, intense et distante à la fois.

 

 

Ces allié.es qui n’en sont pas

Non classé

Le titre de ce poste reprends le titre de Superpépette , Ces autistes qui n’en sont pas, où il est question de personnes se disant autistes sans l’être réellement…

Cringe Worthy

Je sais, moi aussi j’étais so shocked

Je vais parler d’un sujet très épineux pour moi. En effet, si certain.es ont le « t’es pas autiste » facile, je refuse, pour ma part, de m’autoriser à présumer de la neurotypie de mon prochain. Premièrement, je n’en sais rien, deuxièmement, c’est brutal pour la personne qui se prend cette affirmation en pleine tronche, alors qu’elle est peut-être désorientée et dans une phase de questionnement qui, comme les autistes qui me lisent le savent bien, est extrêmement perturbant. Rappelons de plus que la neuroatypie ne concerne pas que l’autisme mais également de nombreuses autres conditions, allant de la schizophrénie au mal-nommé « haut potentiel ».  Seulement.

Seulement.

Superpépette n’a pas la gâchette facile. Elle fait partie des personnes les plus bienveillantes à ma connaissance. Mais faut pas pousser mémé dans les orties (oui Jujue, mémé c’est toi). S’il y a bien quelque chose dont nous pouvons parler, les autistes Asperger, c’est de l’autisme. Nous savons bien que nous développons des mécanismes de compensation tellement badass qu’il est difficile pour les autres de voir ce que nous sommes vraiment. Mais s’il y a bien un moment où nous arrêtons de jouer aux « personnes normales », c’est entre autistes. Quand nous suspectons qu’une personne se disant autiste se leurre, sachez une chose: on est les mieux placé.es pour le savoir. Cela n’implique pas d’ignorer la personne, de la violenter verbalement ou de la prendre de haut. On peut en discuter posément, comprendre d’où viennent les difficultés sociales, et tout cela avec bienveillance envers la personne concernée. C’est ce que fait Superpépette, qui possède une patience infinie dont le ciel ne m’a pas gratifiée. Les personnes dans le doute ou en quête d’identité à travers l’autisme ne posent pas forcément de problèmes, c’est juste déconcertant. Mais il y a les autres. Et cette deuxième catégorie, préparez-vous psychologiquement, car elle fait plutôt peur.

Scarlett Johansson Terrified

Oui oui

Je pense que je vais choquer des gens en disant que l’autisme est un business pour beaucoup de neurotypiques s’auto-proclamant « concerné.es par l’autisme »: pseudo-spécialistes de l’autisme, soigant.es, parents, tout le monde y va de sa petite opinion sur les thérapies à pratiquer, les souffrances de l’entourage, leur noble combat.  Il suffit d’aller faire un tour sur les blogs des parents d’enfants autistes pour constater avec quelle insouciance les parents dévoilent l’intimité de leurs rejetons depuis leur plus jeune âge, sans se soucier du consentement de ceux-ci.

Mettons les choses au clair [SPOILER: ça va chier].

VOUS

N’ÊTES

PAS

LÉGITIMES

Chut. Je ne veux pas vous entendre vous défendre, ni argumenter. Vous n’êtes pas « concerné.es » par l’autisme si VOUS N’ÊTES PAS autistes. C’est tout. Vous avez peut-être l’immense privilège de vivre au quotidien avec un.e personne autiste, mais vous n’avez aucun droit de vous approprier ce combat ni de parler en notre nom. Vos ABA, vos chouineries, vos actions anti-packing et tout le tralala, permettez-moi de vous dire que c’est très embarrassant. Car toute cette énergie et cet argent dépensée à la recherche de moyens « d’intégrer » les autistes dans votre monde et à nous faire apprendre votre langage, vous ne la dédiez pas essayer d’appréhender notre monde et notre langage. Vous qui écrivez des témoignages poignants « mon fils ma bataille » pour décrire votre « combat contre l’autisme », vous n’avez pas la moindre idée d’à quoi ressemble notre monde, des mille et une subtilités qui le composent: je vous ai lus, oui, je me suis infligée vos jérémiades, et je peux vous dire que vous êtes à dix mille lieux de savoir de quoi vous parlez. Utiliser vos enfants comme caution et vous faire mousser sur les plateaux télé ne fait pas de vous des personnes nobles, loin de là.

Heureusement, de plus en plus d’autistes prennent la parole et remettent à leur place les « belles âmes » usurpant leur place au sein de la communauté autistique.On assiste à une réappropriation du discours autour de l’autisme par les concerné.es, à travers divers blogs et conférences, ainsi qu’à la production d’œuvres visuelles et artistiques qui viennent bouleverser la vision qu’avaient les neurotypiques de l’autisme. Parmi ces œuvres-nombreuses- je citerai la magnifique vidéo « In my language » d’Amanda Baggs, que je n’ai jamais pu me lasser de regarder depuis sa découverte.

Petit à petit, les autistes s’organisent et des projets se construisent. On se fait parfois accuser de « communautarisme » par les personnes qui se retrouvent exclues car non-concernées. Le fantôme communautariste est typiquement français, d’ailleurs, il fera l’objet d’un autre billet. Quoi qu’il en soit, on commence à accorder -vaguement- de l’importance à ce que les autistes ont à dire.

Et c’est là que nous arrivons à nos fameux autistes mythos. Car oui, se faire passer pour autiste peut rapporter, ma bonne dame. Pas seulement pécuniairement mais aussi sous la forme d’une notoriété ou d’une légitimité. Vous trouvez cela farfelu? Vous n’avez peut-être pas entendu parler de Rachel Dolezal?  En matière d’usurpation de la légitimité, elle est plutôt balèze. Loin de moi l’idée de mettre au même niveau la lutte anti-raciste et celle pour la neurodiversité, j’ai choisi cet exemple puisqu’il est parlant: oui, c’est un phénomène qui existe, certaines personnes sont capables d’aller très loin pour avoir une place privilégiée au sein d’un mouvement. Elles arrivent à leur fins, prennent une place importante et ont de l’énergie à revendre d’autant plus qu’elles n’ont pas été « cassée », « broyée » par l’oppression que subissent les véritables concerné.es depuis le début de leur existence. Et elles parviennent même à occuper des postes rémunérés, elles font d’une lutte qui ne leur appartient pas leur gagne-pain et volent la parole qui nous revient. En ce qui concerne le billet de Superpépette, elle savait qui elle visait, la personne s’est bien entendu reconnue a tout de suite réagi en hurlant au communautarisme.

Ceci méritait un facepalm de groupe

Ce genre de réaction n’est pas étonnante. Militante féministe du dimanche, je suis bien placée pour savoir à quel point les espaces de mixité choisie comme outils politique provoquent la rage des oppresseur potentiels, habitué qu’ils sont à occuper l’espace visuel, sonore et décisionnaire. Je sais aussi que nous sommes en France, un pays plutôt fan de l’eucharistie catholique à tous les niveaux, ce qui implique que l’on est censé.es vouloir « vivre-ensemble » et se rouler des pelles avec des gens qui nous oppressent au quotidien, même sans le vouloir. Heureusement, d’autres dynamiques se mettent en place aussi bien parmi certaines féministes que parmi certain.es autistes. Il faut s’attendre à se genre d’intrusion, de tentative de culpabilisation, de chouineries voire de remise en question de notre propre légitimité à nous organiser.

Si j’ai un message à adresser à ces allié.es foireux: les autistes ne sont pas votre psychothérapie au rabais, ni votre caution pour jouer les Mères Teresa. Dégagez de nos espaces, dégagez de nos luttes, dégagez de nos vies: parce que vous avez sûrement l’idéal de l’autiste gentil.le, docile et naïf.ve, mais on vous attend au tournant, le couteau entre les dents.

Je suis autiste et je t’emmerde

ma life

Haha, je savais que j’allais t’attirer avec cet titre racoleur! Trêve de plaisanteries, je constate que je n’ai pas raconté la suite de ces événements qui m’avaient un peu (trop) chamboulée. Ce titre est donc une réponse au fameux « Tu pourrais faire un effort ». Oui, je pourrais faire un effort. Mais bizarrement, c’est toujours aux mêmes personnes de faire des efforts, donc je choisis de te dire que je t’emmerde. Tant pis, c’est la vie, tu t’en remettras.

Où en étions-nous? Ah oui, cette conversation avec cette collègue / supérieure hiérarchique (le statut n’a jamais été précisé entre nous). En bonne autiste que je suis, j’ai cogité tout le WE au sujet de ce qu’elle m’avait dit, en essayant de percevoir ses intentions. Et plus j’y pensais, plus je me mettais en colère contre elle. Je savais, sans le nommer, qu’il y avait quelque chose de malsain dans notre relation, comme une tentative de sa part pour assurer sa domination sur ma personne (pour ceux.lles non-familiarisé.es avec le jargon de la sociologie, je précise que je ne parle pas de BDSM). Et ça partait beaucoup trop loin. Dimanche soir, donc, j’étais déterminée à arrêter mon contrat. Heureusement, au sein de cette asso il existe des personnes avec qui je ne travaille pas mais avec qui je m’entends plutôt bien. J’ai pu expliquer la situation à l’une de ces personnes, qui m’a proposé de venir travailler dans son secteur. Résumons: quitter un travail bof, avec pour collègue une connasse moralisatrice, pour faire un taf plus intéressant avec des gens sympas? Oh que oui! Mais avant tout, il fallait convenir une réunion avec ma collègue pour parler de cette transition.

Cette réunion c’est trèèèèès mal passée. Mon ancienne collègue a explosé, me reprochant plein de choses qu’elle n’avait pas abordées avec moi de façon explicite. Je me suis rendu compte du problème: elle fait partie de ces gens qui cherchent le double sens à tout ce que vous lui dites. Tu m’étonnes qu’on étaient mal barrées, elle et moi. Si je lui dis « Il fait froid », elle va penser que je le lui reproche et m’en vouloir. Mais va te faire soigner, ma vieille.

Je n’ai pas non plus gardé ma langue dans ma poche. Je lui ai dit que je me passais de ses conseils comportementaux, qu’on était pas potes, et que si elle interprétait tous mes dires c’était son problème, pas le mien. Maintenant on ne peut plus se blairer, allez savoir pourquoi.

Aujourd’hui je me sens beaucoup plus à l’aise sur mon nouveau lieu de travail et oh, surprise! il paraîtrait que je ne suis pas la seule à avoir eu des problèmes avec cette personne à cause de son autoritarisme. En effet, quelques personnes m’ont raconté leurs propres mésaventures avec cette femme et il semblerait que je ne sois pas un cas isolé. J’aurais juste rendu visible un rapport de domination et comme toujours, cela a été bénéfique pour moi -l’autiste qui vous emmerde- mais aussi pour les autres.

Bon ok, t’es autiste mais tu pourrais faire un effort

ma life

Il y a eu des moments extrêmement chaotiques dans ma vie, à un tel point que parfois, en regardant en arrière, je me demande comment j’ai bien pu faire pour traverser tout cela sans finir en HP. Avec le recul il est évident que toutes mes difficultés étaient et continuent d’être liées au Syndrome d’Asperger et à la non-acceptation de celui-ci par mes congénères. L’avantage d’avoir un diagnostic est que premièrement on comprend que non, nos difficultés ne sont pas le lot de tout le monde, et que deuxièmement on est en capacité d’expliquer notre fonctionnement à notre entourage.

C’est à la deuxième étape où ça coince, en ce qui me concerne. Si la personne en face de vous refuse de bousculer ses préjugés sur l’autisme, il n’y a aucune chance qu’elle prenne en compte vos spécificités et qu’elle l’intègre à la perception qu’elle se fait de vous. Cela apparaît sous la forme de « arrête donc de te chercher des excuses », bien que non prononcé de cette manière (gardons à l’esprit que les neurotypiques dégoulinent de tact et de phrases consensuelles censées nous faire passer pour des brutes sans cœur) (oui bon ok, c’est une blague) (et l’humour, tu connais?).

En ce qui me concerne, ces difficultés se manifestent surtout dans le monde du travail. J’ai longtemps pensé naïvement que l’on valoriserait mes compétences et non mes habilités sociales, après tout ce sont les termes du contrat: je réalise des tâches et on me paie en échange, point. Nulle part est mentionné sur la fiche de poste « Vous devrait socialiser de manière normée et surtout passer pour quelqu’un d’ouvert et de sociable ». Franchement je n’aurais pas postulé, ce n’est absolument pas dans mes cordes.

Dans mon boulot actuel, j’ai prévenu la responsable que j’étais autiste. Légalement, je n’y suis absolument pas contrainte, mais je tenais à ce que l’on prenne en compte cette spécificité. Il s’agissait d’un poste dans une asso qui défend des valeurs avec lesquelles je suis complètement d’accord, il me semblait important d’être honnête. D’emblée cette responsable semblait être prête à prendre en compte le SA, même si je n’ai pas tardé à comprendre qu’elle était tellement surchargée et débordée (du moins, c’est ce qu’elle montre, comme presque tout le monde dans l’asso) qu’on aurait peu d’occasions d’échanger autour de notre travail en commun. Je me suis également vite rendu compte qu’elle ne connaissait rien à l’autisme et ne souhaitais pas en apprendre plus. Lors de notre dernière conversation, où l’on devait faire un point général, je m’attendais à ce qu’on parle du travail, des tâches qui me sont confiées et de quelle manière nous nous y prenons, ce qu’il faut améliorer, ce qui marche etc. A ma grande surprise, elle a commencé à me dire que certaines de mes attitudes « lui posaient question » (une façon polie de dire qu’un personne te fais régulièrement chier). En gros, je suis trop catégorique dans mes propos, je vexe les gens, certains sujets reviennent trop régulièrement dans mes conversations et je ne m’adapte pas assez aux autres. Sans blaaaague. Elle a précautionneusement effleuré le sujet de l’autisme sans dire clairement que ça me servait d’excuse pour ne pas être une fille sympa.

La conversation fut interrompue et elle me dit que nous lui donnerions suite. J’avoue que j’étais assommée par ses reproches (qui étaient apparemment partagés par certaines personnes avec qui je travaille et qui n’ont jamais abordé le sujet). Juste avant de commencer cette conversation, je me sentais plutôt bien, j’avais le sentiment que je réalisais convenablement les tâches que l’on me confiait et commençait à me sentir pousser des ailes. Pour être honnête, je dois dire qu’à chaque fois que j’éprouve ce genre de sentiment de bien-être dans un lieu, une connasse se présente pour me sortir ce genre de propos. Un peu comme si elle m’avait repérée comme étant une inadaptée et se donnait la mission de me maintenir dans cette position. « Attention, va pas croire que tu peux te sentir complètement à l’aise ici, regarde ce qu’on pense de toi ». Et bim, dans ta (ma) gueule.

Je ne suis pas une pro de l’impro, il me faut plusieurs jours pour comprendre ce qui se cache derrière les paroles des gens, surtout celles dont les intentions ne sont pas explicites. J’ai finalement opté de ne pas poursuivre cette conversation, qui à mes yeux n’a pas lieu d’être. En effet, qui est cette normopathe pour me reprocher mes attitudes propres à l’autisme? Que fait-elle de la vraie raison de ma présence ici, qui est de travailler? Comment ose-t-elle se poser en supérieure hiérarchique, celle qui a raison et qui peut donner des leçons à la sociopathe que je suis? Elle s’est pris pour une psy comportementaliste, ou bien? Sans manquer bien sûr de lui signifier son ingérence.

La question qui se pose à présent est: dois-je continuer jusqu’à la fin de mon contrat? J’ai terriblement envie de partir et en même temps j’en ai plus que marre de fuir face à la crétinerie congénitale des homo sapiens qui m’entourent. Sans compter qu’une petite partie de moi a tout de même bien envie de les faire chier jusqu’au bout.